Boum Bomo verso série 2

 

Deuxième partie des aventures de la série Boum Bomo :

L'étude des pochettes nous montre que la firme Bomo a décidé de poursuivre sa série de disques, avec une deuxième fournée de quatre EPs, mais qu'elle comptait même aller plus loin, car les nouveaux dos de pochettes indiquent tous « 18 disques – 72 succès ». Pourtant, ni moi ni aucun de mes copains collectionneurs de Boum Bomo n'a jamais trouvé aucun volume au-delà du numéro 8. Et pourquoi 18 disques, alors qu'avec des séries de 4 EP on s'attendrait plutôt à 16 ou à 20 EP ? On ne le saura jamais...

Les 4 nouvelles pochettes sont illustrées par une autre série homogène de photos, sur fond de décor « naturel », dans le salon d'un appartement plutôt bourgeois, avec du mobilier classique, qui contraste avec l'aspect plus moderne (sauf ses pots de fleurs) de la première série. L'autre grosse nouveauté, c'est la présence d'un, puis deux jeunes hommes, avec lesquels la blonde continue à danser.

Boum Bomo N° 8 Label

Boum Bomo N° 2 Label

Quelques autres détails à noter, concernant cette fois les étiquettes des vinyles : la « Production Auteuil » est remplacée par « Production de Wagram », le joli petit dessin de la tête de jeune fille a disparu, mais par contre une nouvelle appellation apparaît : « BOUM BAS BOMOS », complétée sur les versos de pochettes par le slogan « BAS BOMO pour marcher... »

 

Boum Bomo N° 5

Pour le N° 5, la photo fait un lien avec la série précédente, par un éclairage en rond sur fond noir (une dernière fois). La danseuse fait exceptionnellement une pause et boit une coupe de champagne, avec un homme qui pourrait être celui qu'on apercevait sur le EP N° 3. La bouteille est posée sur une table et juste à côté, les fleurs et le chandelier sont de retour. Au fond, un rideau et au sol, un tapis : le salon commence à se découvrir. Autre lien avec la première série de EPs : on retrouve à nouveau Luis Pena et son orchestre aux manettes musicales et alors là, attention !...

La face A démarre tranquillement, avec une reprise de Manchester et Liverpool, de Marie Laforêt (composé par André Popp), un morceau joli mais un peu cul-cul, sur un tempo assez lent avec de belles couleurs instrumentales, notamment sur le riff d'intro, avec sa boucle de basse bien ronde, sur lie de guitare et batterie (intro que j’avais d’ailleurs samplée pour un morceau du Vieux Thorax).

Puis on enchaîne avec Little Carolina (de R. Tennessee), un excellent jerk mid-tempo, très groovy, digne des Mar-Keys, avec super riff de basse, super cuivres, super riffs de guitare et breaks de batterie, vraiment cool et classe !

En face B, ça continue fort, avec une reprise de Je veux te graver dans ma vie, qui est le titre français pour l’adaptation par Johnny Hallyday de Got to get you into my life, des Beatles. Là évidement, la barre est très haute, aussi bien du côté des Fabs Four que de celui de Johnny et sa version survitaminée. L’instrumentation reste un peu trop sage et commerciale, mais cette version reste très correcte (il faut dire que cette compo est top). À part le piano qui fait un peu trop guimauve par moments, celui-ci se donne la réplique avec la guitare solo et la trompette, pour remplacer le chant, d’une façon assez bien foutue.

Et pour finir ce disque, en forme d’apothéose : le chef d’œuvre de la série des Boum Bomo, mon morceau préféré de Luis Pena et même l’un de mes préférés tout court : I love Kate (yes I do) ! Une compo géniale, avec son riff de guitare fuzz, ses cuivres rutilants, son rythme basse-batterie implacable et ses chœurs féminins top-chics. On est à la croisée des chemins entre le jerk, le mambo, la soul et le style mariachis. C'est gai, c'est frais, c'est chaud, entraînant, stylé, original... Bref, je ne sais pas l'expliquer mieux mais pour moi c'est un anti-dépresseur de premier choix ! Et c'est signé Cooper. Bravo, Monsieur Cooper ! Et bravo à Luis Pena pour ses supers arrangements. Malheureusement j'ai cherché quelques autres disques de lui (Luis), mais rien trouvé d'aussi bon (… jusqu'à maintenant).

 

 Boum Bomo N° 6

 

Pour le EP N° 6, on retrouve Raymond Guiot et son orchestre, qui officiait sur le EP N° 1. J’avais dit que le principe de cette série était d’avoir un orchestre différent sur chaque disque, mais en fait on s’est contenté de reprendre les quatre mêmes artistes pour la première et la deuxième série. Sur la pochette, la blonde s’est remise à danser avec son jeune ami, mais ils ont tous les deux troqué leurs tenues de soirée pour des habits de djeunes, en pulls et jeans, plus bottes de cuir pour mademoiselle (eh oui, ils sont quand même là pour vendre des habits, ne l’oublions pas).

Côté musique, Guiot continue à faire dans le pèpère, avec une reprise d’Inch Allah, d’Adamo. Un morceau que je trouve assez beau, mais là, avec les violons à la Franck Pourcel, c’est très moyen, à part le cor anglais (crois-je reconnaitre), très classe, sur les fins de refrains.

Mais pour le titre suivant, Manolita (de L. Cleveland), ça dépote dès l’intro, avec un riff excellent : batterie rock, boucle de contre basse, petits coups de guitare et flûte orientale, qui a probablement dû être samplé à donf sur des compiles techno style « Buddha Bar en vacances à Berlin ». La suite du morceau se gâte un peu avec des arrangements un peu trop commerciaux, mais ça reste bien rythmé et dansant tout du long.

Mais alors en face B, on repart dans le total sirupeux, avec C’est ma chanson (This is my song), tirée du film La Comtesse de Hong-Kong, qui dégouline de violon comme c’est pas permis, façon Chanson de Lara. C’est signé Charlie Chaplin, mais ça a été repris aussi par James Last et Paul Mauriat, ce qui à tous les coups explique sa présence ici.

Et puis finalement, on termine avec un très bon jerk, Hollyday in bermudas, qui fait assez musique de film, où les violonades alternent avec des breaks de trompettes et des breaks de batterie et par moments de supers arrangements, dans un style somme toute assez curieux et original, signé… Luis Pena (sacré Luis, toujours dans les bons coups) ! Et quel farceur, ce Raymond Guiot, capable du pire comme du meilleur…

 

Boum Bomo N° 7

 

Passons au disque N° 7, où l’on retrouve Pierre Thibaud, sa trompette et son orchestre. Il attaque avec une belle reprise de Sous quelle étoile suis-je né ? de Michel Polnareff. Super instrumentation et chœurs féminins. A part ça, évidemment, la trompette remplace le chant, donc il faut aimer la trompette, mais bon, pour moi, là, ça le fait. Un bon point pour Thibaud ! Ensuite, ça se gâte un peu avec Los Angeles, bonne intro de basse, mais une compo et des arrangements très variétoche, seuls les passages basse/batterie sont top (à sampler). C’est signé L. Cleveland, qui avait fait mieux avec Manolita dans le volume 6.

Face B : Rendez-vous d’automne, de Françoise Hardy. Là non, Pierre, faut pas pousser : les arrangements de Françoise étaient un modèle de grâce et de simplicité, nostalgiques et touchants… Et là on se croirait en train de faire les courses, tout guillerets, dans un hypermarché, carton jaune ! Heureusement, le disque se finit un peu mieux, avec Tina (de J. Boston), un titre rapide et pop, encore un trop variète mais marrant, avec quelques breaks sympas de guitare électrique et une chouette basse, qui fait la note finale en solo (bonne fin). Bon, vous l’aurez compris, c’est pas le meilleur des Boums.

Ah, n’oublions pas la pochette : là aussi, c’est pas la meilleure robe de chez Bomo. Des motifs à trou-trous sur grosses cotes de laine blanche, on dirait des rideaux de grand-mère bretonne ! Mais bon, la jeune fille garde le sourire. En plus elle est maintenant avec deux copains, dont un jeu de miroir fait qu’on en voit l’un de fois et l’autre non, c’est assez drôle, sans compter le gros bouquet de tulipes en premier plan. Je ne sais pas si on pourrait s’autoriser à parler ici de pré-psychéxploitation à la française – bon, OK je crois que ce serait quand-même franchement tiré par les cheveux.

 

Boum Bomo N° 8

 

Allez, passons enfin à la suite, car heureusement, Les Pros sont de retour pour le bouquet final, sur le disque N° 8 ! D’ailleurs c’est la pochette ou nos modèles se lâchent le plus : la blonde secoue ses cheveux et claque des doigts, le jeune minet est à fond dans le son et le grand a l’air plus ampoulé, mais bon, on voit bien ses belles chaussures Clarks, ça rattrape. Evidemment, le salon des parents reste à gerber (c’est là qu’on le voit le mieux) avec ses canapés qui font tapisserie, ses rideaux vieil-empire et son faux vase ming porte-lampe, mais on s’en fout, on en profite pour jerker pendant que les parents sont partis, surtout que les Pros ont ramené le son…

Face A, on commence avec une reprise de Winchester cathedral, des anglais New Vaudeville Band, et là, c’est une bonne surprise, car il y avait à l’époque une mode horrible consistant à faire du revival années 20/30, genre charleston et compagnie, ce qui est le cas dans cette chanson. Et là, pour le coup, c’est la reprise qui est plus rock que la version originale ! Les guitares électriques bien acides remplacent avantageusement le chant et la rythmique est plus tendue, donc c’est nickel.

Et juste après ça, on a Patrick-jerk, qui est juste le deuxième meilleur morceau des Boum Bomo (après I love Kate, d’après moi). Un super rock mid-tempo, avec deux guitares fuzz en duo tout du long, une dans les aigus, une dans les graves, magnifique. Super compo (signée Cooper), super son, super rythme, super breaks… Des vrais pros, ces Pros !

Et pour ne rien gâcher, la Face B s’ouvre avec une reprise des Moonkees, I’m a believer ! Bon, là, ça sonne quand même un peu plus variétés que l’original (mais en même temps, les Moonkees n’étaient-ils pas eux-mêmes un pur produit pop-marketing ?). En tout cas, ce super morceau reste ici super, avec même une interprétation un plus speed, qui compense la légèreté de l’attaque. C’est rapide, gai, dansant, léger, joyeux… que demande le peuple ?

Enfin, pour finir en beauté, encore une sacrée curiosité : Goodnight Regine, a priori une composition (de J. Boston), mais qui pompe carrément le riff d’intro de LSD, l’un des morceaux les plus killers des Pretty Things ! Fallait oser ! Et fallait connaitre ! Elles sont bien là, cette fois, les influences psyché-freak-beat. Ouh la la ! Si les parents et le directeur des Bas Bomo avaient su ce qui se planquait à côté des innocentes reprises d’Adamo et de Maurice Jarre, qu’en auraient-ils pensé ?

 

Quelle tournure aurait pris la série Boum Bomo si elle avait eu une suite ? Un recadrage variété en bonne et due forme ou bien une dérive toujours plus pop et psyché dans l’air du temps ? Ou alors la poursuite (plus probable) d’une coexistence entre musique clean à la papa et trucs de jeunes à guitares saturées (l’idéal étant bien sûr le mélange des styles au sein même des morceaux) ? Peut-être qu’un jour, dans longtemps, un fondu de chez Born Bad Records ou de chez Caméléon Records exhumera les bandes inédites de la série Boum Bomo. (N° 9 à 12 ?) Et comment se serait terminée la surboum dans le salon parental ? Et où donc étaient cachées les bouteilles d’alcool ? On ne le saura jamais - même si on aperçoit, malgré tout, un verre vide et un paquet de clopes entamé sur la table basse du disque N° 8 - regardez bien…

 

Luis Pena - Little Carolina