12 mai 2008
Pierre Selos : Réveille-toi ! (Zoom 68)
Au premier coup d'oeil, la pochette pourrait laisser penser que ce Pierre Selos est proche de l'extrême-droite (la veste marron, les fils barblés, la carrure et le regard plutôt virils..?). En fait, non : on a ici à faire à un chanteur proche de la gauche catholique, avec une critique de la jeunesse somme toute assez bon enfant, mais bien marrante quand même ! En gros, il est reproché aux jeunes de se laisser endormir par la société de consommation, au lieu de retrouver leurs "vraies" valeurs - sans doute celles des scouts, grosso-modo... La musique, plutôt rock (rythmique batterie, basse, piano), n'est pas très rapide mais se veut entrainante, avec son air de marche et ses cuivres - bien qu'ils restent très sages, voir timides ! Question paroles, ça commence fort, avec un "Hello les copains, salut les beatniks..." débité d'un ton ironique ; on est tout de suite dans le bain. Puis surtout, il y a cette superbe idée, pour le refrain : "Réveille toi, mon vieux, réveille-toi, sors du paradis, tout n'est qu'L.S.D. !" Encore une allusion à la drogue, donc - ce maudit poison ! Mais le fin du fin, c'est que LSD est prononcé à l'anglaise (avec un d qui fait di), pour permettre la rime avec paradis. Fallait l'oser, quand même, celle là... Si l'on en croit le logo du label, ce disque date justement de 68. Mais Pierre Selos avait commencé sa carrière de chanteur dès les années 50 (chez UniDisc) et a continué jusqu'en 1980... Il a même son propre site Internet : http://pierre-selos.fr/
Réveille-toi ! (extrait)
05 mai 2008
Jean Ferrat : Pauvres petits c... (Barclay, 1968)
Les phénomènes réactionnaires viennent le plus souvent de la droite, mais pas toujours. Avant d'emboiter le pas au mouvement de mai 68, lors des grêves générales, les communistes ont été pris de court et bien rétissants par rapport à l'agitation étudiante. Sur ce 4-titres enregistré en décembre 67, Jean Ferrat chante la "vraie" révolution, là-bas, aux Amériques (Les Guerilleros) et la "fausse", ici à Paris, dans Pauvres petits cons, le vilain gros mot étant pudiquement abrégé en c... (eh oui, 68 n'a pas encore fait son oeuvre !). Il y a donc déjà de l'agitation en cette fin d'année 67, et pour Jean Ferrat (et les communistes), elle correspond juste aux caprices de quelques petits bourgeois, des fils à papa. Il nous sort une espèce d'équation du style jeunes / riches / parisiens = yéyé / rock / branchés = cons / superficiels / usurpateurs... "Si votre papa fait mine de couper les ponts, il y a des places en usine, pauvres petits cons". Pour l'occasion, sa musique est d'ailleurs plus rock qu'à l'ordinaire (ce paradoxe si génial qui fait tout l'intérêt de la pop réac'), et les arrangements (de Goraguer) sont excellents ! Car l'idée phare est que les 3 petits points de cons sont aussi dans la chanson : à chaque fin de refrain, il y a un break juste avant le mot fatidique (!), ponctué par une timbale d'orchestre (boinnng!), puis reprise de la dernière phrase : "...pauvres petits..." et cette fois un son très grave et long qui fait "cooonnnnnnns...", sans doute chanté par une voix de basse mais qui peut aussi évoquer un violoncelle frotté dans les graves, et qui semble arriver comme une conclusion aux arrangements de cordes présents sur chaque couplet. Belle mécanique... au service d'un texte engagé mais plutôt réac' et franchement dépassé par... les évènements ! Mais s'il a tort de croire qu'il ne s'agit là que de "contorsions éphémères", le futur lui donnera -en partie- raison sur un point : "Fils de bourgeois ordinaires [...] vous voterez comme vos pères, pauvres petits cons".
Paroles complètes ici : http://www.paroles.net/chanson/19842.1
Pauvres petits cons (extrait)
27 avril 2008
Pierre Gilbert : Antoineries (Pacific, 1966)
Ah, ce sacré Antoine ! Il en aura provoqué, des réactions, avec ses cheveux longs, ses chemises à fleurs et ses railleries. A commencer par celle de Johnny Hallyday, directement attaqué dans son fameux tube de 1966, Les élucubrations : "Tout devrait changer tout le temps, Le monde serait bien plus amusant, On verrait des avions dans les couloirs du métro, Et Johnny Hallyday en cage à Médrano." Johnny lui répondra d'ailleurs par un rock bien nerveux : Cheuveux longs et idées courtes (juste 6 mois avant de plonger lui même dans le flower power le plus cliché qui soit! :)). Mais quand on voit où ils en sont arrivés tous les deux aujourd'hui, Atoll et Optique 2000, ça fait un peu pitié... Enfin, revenons à nos moutons (à poils longs), nombreux sont ceux qui vont surfer sur la vague Antoine, et nous avons ici un parfait prototype de chansonnier vieux jeu super ringard pour pères de bonne famille en mal de distraction. Pierre Gilbert faisait des sketches vraiment bas du front, du niveau des blagues Carambar, en gros. Mais il eu l'idée de stigmatiser la musique des djeunes : premier essai en 1963 avec Les Yéyés, enrégistré au Théâtre des Deux-Anes (ah? pourtant, j'en vois qu'un - voilà typiquement le genre de blague qu'il aurait pu sortir!). C'est un boeuf-parodie des succès du moment (Si j'avais un marteau, J'entends siffler le train...), en écoute ici : http://monsieurpatrice.canalblog.com/archives/2006/04/20/1769391.html Et donc il remet ça en 1966 avec Les Antoineries. L'extrait audio ci-dessous donne un bon aperçu de l'ambiance : qu'est-ce que c'est que ces jeunes qui n'ont rien dans le crâne ? et en plus, ils savent même pas chanter, etc... J'aime beaucoup la photo de la pochette, où la perruque à cheuveux longs arrive à peine à adoucir ce visage si dur avec réelle moustache de beauf des années 50. Mais bon, ceci dit je ne connais pas sa bio, c'était peut-être un type charmant... (mouais, peu de chances quand même). Ses deux 45tours sont aussi référencés ici (avec photos et crédits) : http://www.encyclopedisque.fr/artiste/2049.html
Antoineries (extrait) :
17 avril 2008
Lina Margy - Le folklore auvergnat (CBS, 1966?)
Un disque bien marrant que ce jerk campagnard. Lina Margy n'est pas une vilaine dame, chanteuse de l'ancienne génération, on lui doit la ritournelle Ah, le petit vin blanc (http://fr.wikipedia.org/wiki/Lina_Margy). Mais déjà quinquagénaire, elle se retrouve ici embringuée dans une chanson aux paroles un poil xénophobes : "l'Amérique nous inonde avec ses chanteurs Noirs"... Comment en est-on arrivé là ? Fin 1965, Sheila provoque un mini scandale dans le milieu des musiciens français, avec son succès Le folklore américain. Cette fois-ci, c'en est trop ! Qu'est-ce qu'y ont, ces yé-yé, à systématiquement encenser la culture américaine ? Et la France, elle est pas belle, la France ? Sans compter cette Françoise Hardy qui déclare aller enregistrer à Londres car les studios français ne sont pas à la hauteur ! On va leur montrer un peu c'qu'on sait faire, de par chez nous... Tout ça va donc donner lieu à plusieurs réactions, dont le parodique Folklore auvergnat de Stella, excellente chanteuse culte de la pop française des 60's, qui sera un petit hit. Mais le morceau de Lina Margy n'a rien à voir avec lui à par son titre. Ici, pas de second degré, ça vole plutôt au ras des paquerettes. Par contre la musique et l'ambiance sont franchement bonnes, et même rock, avec une batterie bien beat... mais le tout est entrecoupé de breaks de "cabrette" (la cornemuse auvergnate : http://www.cabrette.com/ ). Du super french touch beat, donc ! ; )) "et même s'il ne vient pas de Cuba, de Rio, Y'a du rythme et d'la joie, dans le folklore auvergnat !"
Le folklore auvergnat (extrait)
(Orchestre : Armand Migiani )
06 avril 2008
Philippe Clay : Mes Universités (Polydor, 1971)
Pour commencer cette série 45tours pop réac', un grand classique du genre : Mes Universités de Philippe Clay. La musique est une joyeuse marche, pas rock mais pêchue. Les paroles sont terribles, j'aime beaucoup le 2ème couplet, qui cite les Beatles : "Mes universités / C'était pas la peine d'être bachelier pour pouvoir y entrer / Mes universités / T'avais pas d'diplômes mais t'étais un homme / Quand tu en sortais / Nous quand on contestait / C'était contre les casqués / Qui défilaient sur nos Champs-Elysées / Quand on écoutait Londres / Dans nos planques sur les ondes / C'était pas les Beatles qui nous parlaient". Le vieux con par excellence ! 1 million d'exemplaires vendus, sur l'air connu de "ces jeunes, il leur faudrait une bonne guerre". Autre thème récurrent : la drogue : "Mais quand ça tournait mal / Fallait garder l'moral / Car y avait pas de came pour oublier". Par contre il ne crachait pas sur l'alcool ni le tabac, comme son collègue Gainsbourg avec lequel il fit à la fin des 50's un duo à la télé, ambiance on est des titis parisiens, des rebeles, des anars. Ouaip... pas trop large d'esprit quand même, l'anar... Le chanteur rive gauche a tourné à droite ; il finira même au RPR. C'est dans un article hommage du Figaro qu'on trouve plein d'infos là-dessus. Pas étonnant... http://www.lefigaro.fr/culture/2007/12/14/03004-20071214ARTFIG00318-philippe-clay-mort-dun-chanteur-engage.php
Hommage, donc, car il est mort fin 2007 (à 80 ans). Dommage pour lui : il rate toutes les commémorations sur mai 68 ! Paroles complètes de sa chanson ici : http://www.paroles.net/chanson/18348.1














